Hier soir quand je les ai quitté, ils m'ont parlé d'un film où un étranger débarquait en inde, que les gens étaient d'abord méfiants, mais que finalement il était accepté comme un indien, car l'étranger partageait tout avec l'inde, et pour eux je suis cet étranger, comme si j'étais connecté à eux depuis de longues années. J'ai été intégré aux cérémonies familiales, les 3 soeurs de la famille m'ont dit que c'était normal puisque j'étais leur frère, cela m'a fait très plaisir !
Ceci me fait repenser à une réflexion que j'ai eu à propos de l'anglais.
On parle souvent de la barrière des langues, et jusqu'à maintenant je percevais justement ma nullité en anglais comme une barrière. Mais je réalise qu'en fin de compte c'est peut-être l'inverse qui se produit.
J'ai l'impression qu'en baragouinant de l'anglais incertain, je n'ai pas l'occasion de réellement donner la démonstration de qui je suis, de ce que je pense, mais cela veut également dire que je n'ai pas non plus l'occasion d'exaspérer ou rebuter mes interlocuteurs en exposant trop clairement des avis ou des oppositions que je suis incapable de formuler en anglais. Et une "faute culturelle" dans ce que je dis ou fait sera juste vu comme une maladresse du à la méconnaissance, donc pardonné.
Mais qu'en serait-il si je parlais parfaitement anglais ? Ils auraient une image plus précise de qui je suis et de ce que je pense, tout comme moi pour eux. S'en suivrait à mon avis l'inévitable risque que finalement, certains d'entre eux ne m'apprécient plus autant que cela, et peut-être pareil moi vis-à-vis d'eux... :s
Après ces quelques jours passés en leur compagnie, j'ai réalisé que ce mythe de la prétendue barrière des langues m'apparaissait plus comme un filtre enjolivant la réalité. Et dans le fond... c'est peut-être pas plus mal ?
Fin de l'aparté, je reviens sur ma journée !
Je voulais me réveiller tôt pour profiter du breakfast inclus, mais j'avais tellement de retard dans mon sommeil que j'ai coupé mon réveil sans m'en rendre compte. Je me réveille à 11h, le temps de me préparer je me fais harceler par la réception qui me rappelle que le check-out est à 12h. Je sors à 12h accompagné de mes bagages, qui sont particulièrement dociles et bienveillantes à mon égard aujourd'hui.
J'aimerais visiter le centre commercial juste à côté, le problème c'est que j'ai mes bagages avec moi, ce n'est pas très pratique car je peux pas rentrer dans les magasins avec. Il y a des "bagages counter" un peu partout dans le centre pour confier des achats de course avant de rentrer dans un nouveau magasin, mais ils ne m'inspirent aucune confiance. Ce n'est pas un sac avec un teeshirt que je laisse, ce sont des bagages de touriste étrangé avec plusieurs milliers d'euros de matos photo et d'ordi, pas question de prendre le moindre risque. Tant pis, je me contente d'un rapide tour, en espérant tomber sur des restaurants. Au 3eme étage, mes souhaits sont exaucés : bingo, et même alleluja : Pizza Hut, Subway, McDonald's ! Youhou !!!
D'abord tenté par une pizza je décide de tester le McDo. Le menu Mc Chicken / Frites / Coca est à 113 roupies, soit environ 1.8 €. C'est donné pour moi, mais pas tant que ça pour les locaux.
Vous allez penser, quelle idée d'aller se jeter dans les bras de Ronald McDonald alors qu'il doit y avoir tant de super restaurants locaux et abordables dans le coin... oui, j'aurai dit pareil il y a 3 jours... mais j'ai réalisé que faire une croix sur ce que j'ai l'habitude de manger était une des choses les plus difficiles de mon voyage. Thierry, raffolant de la viande rouge et du poisson, des pizzas et de la junk food, du bon vin, et qui se fait une omelette au bacon ou de chocolat chaud avec des tartines de confitures un matin sur deux, ce Thierry cela fait 3 jours qu'il mange végétalien, ultra épicé ou ultra sucré (je crois que c'est le pire) et qui boit uniquement de l'eau : il a adoré tout ce qu'il a mangé mais là il en a maaaaarre !
C'est un détail mais ça m'inquiète sur mes capacités d'adaptation, j'espèrais pouvoir partir un jour en baroudeur dans un pays exotique, me débrouiller avec juste un sac à dos... Si je n'arrive pas à me passer de la nourriture française, je suis cuit !
Une fois rassasié je tente de prendre un taxi. Problème, je n'en vois aucun, et les rickshaw ne veulent pas m'emmener aussi loin.
Une passante me conseille de tenter ma chance par le train. Quelle bonne idée ! J'ai une image des trains de pays pauvres ou émargeants qui n'est pas très reluisante, j'ai envie de confronter cette image à la réalité.
Je prends un billet pour Churchgate, le terminus en plein centre historique de Bombay sud : 9 roupies, soit... 14 centimes. J'hallucine, un voyage d'une 60aine de kilomètres en ile-defrance c'est combien, dans les 6 à 8 euros ? Il y a aussi des tarifs première classe à plus de 100 roupies, c'est parfaitement dans mes cordes, mais j'ai envie de voir le vrai train, pas celui des favorisés, je ne suis pas là pour péter dans la soie... ça c'est prévu pour l'hôtel de luxe qui m'attends dans le centre :p
Je me laisse guider par les gens pour trouver le bon quai, ils m'aident avec plaisir. Je monte dans le train qui ne tarde pas à arriver, et j'admire. C'est totalement pourri, un espèce de vieux coucou en métal crasseux avec des sièges en bois. Les wagons n'ont pas de portes, ce qui encourage les jeunes à rester suspendu à l'extérieur du train pendant qu'il roule, et ce des 2 côtés du wagon.
Je réalise tout à coup qu'il ne faut pas toujours se fier aux apparences car sur un aspect, ce train s'avérera bien plus confortable que les trains et métros franciliens non climatisés, autrement dit une large majorité : le plafond est truffé de ventilateurs ! Pas des trucs discrets et intégrés, carrément des têtes de ventilateurs ronds comme on les connait, et qui sont greffés au plafond par leur pied, comme s'ils avaient été vissés consciencieusement les uns après les autres. Résultat on respire, ça ne pue pas : je suis bluffé par la simplicité de cette astuce.
Je reste un moment debout mais une personne agée me fait un peu de place et me fait signe de venir m'asseoir. Je m'exécute. Nous discutons avec pas mal de difficulté. J'ai remarqué avec la famille de Deepali que plus les gens sont âgés, moins je comprends leur anglais. Je lui explique que je suis là pour un mariage et que je vais maintenant visiter le sud. Il me demande où je sors, et m'explique que j'ai un changement à faire pour y arriver. Oops, je ne savais pas, j'ai bien fait de discuter avec lui ! Il me dit où sortir.
Une fois arrivé là bas, un des indiens qui était à côté et écoutait notre conversation, descend également et se propose de me montrer le chemin. Encore un bon coup de chance, car la gare grouillait de quais sans indication de directions (ou en indien, ou des index sans directions...)
Là j'assite à ce que je pensais ne pas être possible, et qui me rassure totalement sur le métro parisien : tout le monde se précipite stupidement (le mot est vraiment très faible) pour monter sans laisser descendre les autres, c'est une véritable bataille pour ceux qui veulent sortir, ils forcent vraiment dans les deux sens comme s'ils jouaient au jeu de la corde, mais dans le sens inverse. J'hallucine totalement, j'ai l'impression d'être dans un troupeaux de gourgandines fonçant vers Tokyo Hotel - ou je ne sais quels autres chanteurs prépubères à la mode en ce moment - pour espérer avoir un autographe de leur idole, c'est du délire absolu.
Je monte tant bien que mal sans perdre mes bagages, et constate que ce train-ci fait nettement moins vieux et sale que le premier. Cela plus la quantité de gens en chemise, je sens que nous nous rapprochons des beaux quartiers.
Le temps d'arriver jusqu'au terminus, je réalise que les indiens sont décidément très sympas quand on prend la peine de les considérer. J'ai remarqué au contact de la famille de Deepali et de celle des conducteurs de taxi que des indiens qui ne se connaissent pas et qui s'interpellent entre eux le font de manière un peu rude, et j'ai bien l'impression qu'ils n'utilisent pas de formules de politesse. Je réalise que mon expérience dans le train me confirme ce que je pensais, qu'avec un peu de politesse les gens peuvent être très chaleureux !
Utopiste ? Constat probablement biaisé par le fait que je suis le seul occidental de la région et doublé d'une tête de touriste, me direz-vous ! Probablement... mais je veux y croire. Suis-je plus sympa à Paris avec des touristes étrangers qu'avec des parisiens ? Je ne crois pas, je m'applique à aider tous ceux qui me demandent de l'aide, et si dans le métro ce sont surtout des étrangers qui sont perdus, en surface ce sont plutôt des français sans smartphone qui cherchent leur rue.
J'arrive sans encombre au terminus. Je pars à la recherche de mon nouvel hôtel que j'ai feignantisement, euhh pardon, astucieusement choisi pas trop loin de la station de train. Mais où... Je demande aux gens où se trouve mon hotel, et l'affaire est reglée en 5 minutes.
On est dans le milieu de l'après midi, je suis fatigué, je décide de me reposer un peu et de partir à l'Alliance Française ensuite, histoire de récolter un peu de documentation touristique en français.
L'hotel est plutôt sympa mais j'ai le sentiment de m'être fait arnaquer, au dernier moment on me change le numéro de ma chambre et je me retrouve dans une chambre dont la réfection de la salle de bain n'est pas terminé : il manque le faux plafond avec l'extracteur d'air, et le mur du miroir n'est pas terminé. J'hésite sur quoi faire, et je me dis que je verrais cela plus tard car ce n'est absolument pas gênant. Si je proteste, ce sera juste pour le principe de ne pas laisser planer ce sentiment d'être le pigeon de service.
A coté de cela la salle de bain est très moderne, avec par exemple une douche en plafonnier comme celle que j'ai choisi dans mon appartement parisien, un espèce de marbre très joli aux murs, une douche à l'italienne, et... une douchette à côté des toilettes, un peu comme celle d'une douche mais avec une gachette.
Rapide retour en arrière. Quand j'ai vu l'installation d'eau chaude des parents de Deepali, je me suis dit qu'ils étaient sur la bonne voie, mais qu'on avait quand même quelque chose comme 30 ou 40 ans d'avance question electroménager.
C'était un chauffe-eau très bizarre qui ressemblait à un agrandisseur de photo de l'entre-2-guerres, qui balance des décharges quand on y touche et qui laisse couler un mince filet d'eau bouillante qu'il faut refroidir en réglant la quantité d'eau froide qui passe avec, ce qui du coup augmente le débit. Le tout est collé le long du mur et coule très lentement : un grand saut recueille l'eau, et un petit sert à prendre l'eau pour se la verser sur la tête. Ca marche assez bien ceci dit, et je me dis que cela doit économiser 10 fois plus l'eau que nos douches. Le tout est placé dans une grande pièce avec évacuation d'eau, comme une sorte de grande douche.
Quand j'ai vu la douchette juste à côté des toilettes de cet hôtel, je me suis dit, décidément ils sont à fond les indiens ! En plus l'eau est chaude. J'imagine à quel point ça doit remplacer astucieusement le robinet d'eau froide et le seau que j'ai vu chez les parents...
Du coup je me suis dit... ne serait-il pas temps d'essayer le mode de vie local ? Allez, je teste !
Verdict ? Waouuhh ! C'est génial. C'est décidé, dans mon prochain appart je veux un truc comme ça, ou mieux, des toilettes japonaises automatiques ! :p
J'ai réalisé qu'en fin de compte, un indien moderne en vadrouille dans la ville de Paris (toute ressemblance avec un quelconque film serait purement fortuite) équipé de la sorte chez lui, trouverait nos toilettes totalement has been. Accessoirement la douchette fait office de balayette, ce qui rend nos pauvres balayettes à chiottes totalement ringardes et médiévales. Si on m'avait dit avant de partir en Inde que j'allais y rencontrer une révolution hygiénique, je crois que j'en serai mort de rire... comme quoi il ne faut jamais préjuger de rien.
Je fais un somme et me réveille un peu tard : tant pis pour l'Alliance Française, je descends à la réception pour attraper le signal WiFi gratuit et je m'occupe de mes mails.
Je peux avoir le WiFi en chambre mais c'est payant. Sauf qu'avec des forfaits d'1h à 111 roupies l'heure ça fait le même prix qu'un menu McDo, et rien que pour ça je me dis que je peux m'en passer et me contenter de descendre à l'office quand j'ai besoin du net. C'est aussi une manière de me forcer à ne pas y passer ma vie : je prépare mes textes et autres mails à l'avance et je descend pour synchroniser, puis je passe à autres choses.
Je prends mon repas au restaurant de l'hotel, en essayant de trouver quelque chose sans sauce. Peine perdue, le poulet au beurre que je crois avoir commandé baigne dans une sauce orange et spicy qui doit être absolument adorable quand on a mangé français pendant 3 semaines avant, mais qui m'épouvante totalement maintenant que j'ai une subite envie de simplicité. J'essaye de demander du riz pour aller avec, ils n'ont pas de riz tout simple, ce sont des plats à base de riz. Bon... Adjugé. Et je prends un Fanta !!! Ahhhhhh un Fantaaaaaa, aaaaaaah ! Allez un 2ème. Il n'a pas le même gout et la meme couleur qu'en France, mais il n'est pas mauvais.
Fin de la journée, je vais passer ma première nuit sans moustique, quant à la clim elle est franchement bienvenue. Je constate que le bruit de l'appareil ne me dérange pas, point sur lequel je n'avais jamais pu être fixé avant, car de mémoire je n'avais jamais dormi dans une pièce climatisée.
Information des plus intéressantes pour moi car je suis maintenant fixé sur un point : s'il advenait qu'un jour j'envisage de climatiser mon appartement parisien, où la rue est particulièrement bruyante les nuits d'été au point de m'empêcher de dormir les fenêtres ouvertes, je sais maintenant que la clim ne m'empêchera pas de dormir ! Youhou !
A vrai dire je ne suis pas pressé d'avoir la clim à Paris, car je veux une solution qui ne se voit pas extérieurement, je ne sais pas si ça existe mais je me dis que plus le temps passe, plus les ingénieurs du froid doivent inventer des solutions de plus en plus discrètes et silencieuses. Bombay grouille d'immeubles défigurés par ces verrues infâmes que sont les extracteurs de climatisation, c'est vraiment désolant.